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Appréciation par les enseignants du PISAI (Rome) de la
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| L'Institut Pontifical d'Etudes Arabes et d’Islamologie (PISAI) est un institut de formation pour des témoins de l'Evangile en milieu musulman. On peut en consulter le site: www.pisai.it pour en savoir plus sur ses activités. Le texte de la "Lettre ouverte des 138" peut être consulté sur http://www.acommonword.com/lib/downloads/CW-Total-Final-French.pdf ou sur www.comprendre.org/07_10.htm. |
Lettre ouverte et appel des guides religieux musulmans aux
responsables des différentes Eglises chrétiennes, comme message de fête, à l’occasion
de la clôture du jeûne du mois de Ramadân 1428/2007, et comme
rappel-anniversaire de la lettre des trente-huit savants musulmans adressée à
S.S. le Pape Benoît XVI, en 2006, est un événement hautement significatif qu’on
ne peut pas ne pas remarquer et dont il est nécessaire de souligner l’importance.
Voilà pourquoi, nous, membres du staff de l’Institut Pontifical d’Etudes
Arabes et d’Islamologie (PISAI) de Rome, tout particulièrement intéressés
aux relations entre chrétiens et musulmans, nous croyons de notre devoir d’exprimer
notre avis sur ce document.
Essayant de rentrer sans a priori dans la dynamique de cet événement
tel qu’il se présente, parce que nous sommes convaincus de la bonne foi de
ceux qui l’ont suscité, purifiés qu’ils étaient par le long jeûne de
Ramadân, nous voudrions rendre compte de tout ce que nous apprécions dans la
présentation et dans le contenu de ces pages. Notre fréquentation relativement
longue et assidue du patrimoine culturel et religieux de l’Islam, ainsi que
nos contacts réguliers avec les membres de la communauté musulmane, nous
permettent de remarquer la nouveauté de ce geste et nous autorisent à attirer
l’attention des non-musulmans sur sa qualité.
D’abord, nous sommes frappés par la largeur des horizons sous lesquels
se situe ce texte ; largeur au niveau des signataires : cent
trente-huit personnalités musulmanes provenant de nombreux pays situés dans
tous les continents et dont l’appartenance religieuse témoigne de
nuances variées ; largeur au niveau des destinataires : tous les
guides des différentes Eglises chrétiennes dont vingt-huit sont explicitement
nommés.
Dans le même ordre de constatations, nous soulignons l’étendue du
champ concerné, à savoir les musulmans, les chrétiens, les juifs et les
hommes du monde entier. Les auteurs du texte ne se réfugient pas dans un pro
domo revendicatif de l’umma, mais ils se situent, au contraire,
comme partenaires de l’humanité pour laquelle ils proposent leur façon de
concevoir les fondements et les principes reconnus aussi par d’autres
communautés, en vue de sa survie dans une paix effective et générale.
L’ampleur des perspectives est également un trait notoire de ce texte.
Ses auteurs s’intéressent certes au sort du monde actuel tel qu’il est en
jeu ici et maintenant, mais également à celui des ‘âmes éternelles’ qui
se jouera ailleurs et demain. Cette double visée, à la fois immanente et
transcendante, fait circuler dans ce discours un courant
fort et libérateur.
Bien sûr, nous sommes également frappés par le caractère fondamental
du propos : Dieu et l’homme. Il est bien plus facile de se limiter à des
idées d’autant plus généreuses qu’elles sont vagues et générales, que
de réclamer ainsi l’attention sur l’urgence des droits de Dieu et de ceux
de l’homme qui exigent de chacun une attention soutenue et un amour actif et
concret.
Nous sommes également sensibles à la réelle attention que
portent les signataires de cette lettre à la référence capitale qui fonde l’autre
en tant que juif ou chrétien, à savoir le double commandement de l’amour de
Dieu et du prochain dans le Deutéronome et dans l’Evangile de Matthieu. Cette
volonté de reconnaissance de l’autre, dans le désir le plus profond de ce qu’il
veut être, nous apparaît comme un des points fondamentaux de ce
document ; elle seule peut garantir le succès d’une vraie relation entre
communautés culturellement et religieusement différentes.
En même temps, nous apprécions la façon dont les auteurs du texte, en
tant que musulmans, voient dans ces deux commandements la définition même leur
propre identité. Ils ne le font ni par complaisance ni par politique, mais, en
vérité, uniquement à partir de leur proclamation de l’unicité divine (al-tawhîd),
pivot de la foi musulmane. Effectivement, nous reconnaissons que l’acceptation
radicale de l’unicité divine est une des expressions les plus authentiques de
l’amour dû à Dieu seul et que, la foi n’allant jamais sans les bonnes
œuvres, comme ne cesse de le répéter le Coran (al-ladhîna âmanû wa
‘amilû al-sâlihât : al-Baqara 2, 25), l’amour de Dieu est
indissociable de celui du prochain.
Nous savons gré à ceux qui nous interpellent, en soulignant ainsi l’accord
sur l’essentiel qui fonde nos diverses communautés de croyants, de conserver
cependant une vision réaliste et courageuse. En effet, d’une part, ils ne
gomment pas la différence de nos options christologiques ; et, d’autre
part, ils ne passent pas sous silence le problème de la liberté religieuse (lâ
ikrâha fî l-dîn : al-Baqara 2, 256) qu’ils considèrent comme
étant un point crucial.
Ce réalisme ne les empêche pas d’avoir une vision positive sur les
obstacles et les différences qui demeurent entre nous ; si bien que,
fidèles à la tradition coranique qui les inspire, ils n’y voient qu’une
occasion d’émulation dans la recherche du bien commun (fa-stabiqû l-hayrât :
al-Mâ’ida 5, 48).
C’est certainement cette vision positive des difficultés qui leur a
permis d’écarter la polémique, de se dépasser, de prendre sur eux-mêmes et
de ne point tenir compte de leur déception due à une réponse qui ne
correspondait pas à leur attente, à la suite de leur lettre adressée à S.S.
le Pape Benoît XVI, en 2006.
En lisant ce document, nous remarquons l’existence, de leur part, d’un
regard neuf et créatif, porté sur le Texte coranique et celui de la Tradition
prophétique, par rapport à certaines interprétations historiques, marquées
par des situations particulières qui en rendaient la portée relativement
restrictive en ce qui concerne la considération des non-musulmans. Nous
pensons, en particulier, à la portée générale qu’ils donnent aux versets
de Âl ‘Imrân 3, 113-115
relatifs à ‘une communauté droite qui récite les versets de Dieu durant la
nuit, tout en se prosternant’ que nombre de commentateurs assimilaient jusqu’ici
aux seuls chrétiens sur le point de se convertir.
Nous sommes heureux de voir que les citations bibliques et
évangéliques utilisées dans ce document sont faites à partir des sources et
que les explications qui en sont données se fondent parfois sur les langues
originelles : l’hébreu, l’araméen et le grec. Cela témoigne d’un
grand respect et d’une réelle attention à l’autre, en même temps que d’un
esprit authentiquement scientifique. Là aussi nous notons l’émergence d’un
nouveau regard.
Pour conclure, nous voulons insister sur l’attitude a priori positive
des auteurs du texte dans leur interprétation des trois passages parallèles
des Evangiles synoptiques. Ils auraient pu choisir des exégèses bien plus
restrictives et minimalistes que la tradition chrétienne pouvait aisément leur
fournir et qu’ils n’ignorent certainement pas. Stimulés par leur attitude,
nous ne voulons retenir, nous aussi, que l’interprétation maximaliste selon
laquelle les textes du Coran et de la Tradition prophétique ne limitent pas aux
seuls membres de l’umma les bienfaits que tout bon musulman doit
prodiguer à son prochain au nom de sa foi en Dieu et de son amour exclusif pour
lui.
Un tel document nous encourage à poursuivre décidément notre
engagement pour que la différence de nos langues et de nos couleurs (ihtilâf
alsinati-kum wa alwâni-kum : al-Rûm 30, 22), c’est-à-dire nos
différences culturelles profondes, loin de nous engager dans le soupçon, la
méfiance, le mépris et la dissension, comme cela s’est souvent vérifié
dans l’histoire de nos rapports et comme c’est toujours le cas dans le monde
d’aujourd’hui, soient perçues comme des signes pour ceux qui savent (inna
fî dhâlika la-âyâtin li-l-‘âlimîna), c’est-à-dire, comme
une miséricorde provenant de notre Seigneur.
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