A la suite de l'émoi suscité par son discours de Ratisbonne,
le pape Benoît XVI s'adresse aux ambassadeurs de pays musulmans pour
ramener la sérénité dans le dialogue entre chrétiens et musulmans. Voici
le texte de son discours:
ROME, Lundi 25 septembre 2006 (ZENIT.org)
– Le pape Benoît XVI a reçu au palais apostolique de Castel Gandolfo les
représentants de 21 pays à majorité musulmane dont les ambassadeurs sont
accrédités près le Saint-Siège (sauf le Soudan), y compris des représentants
de l’islam africain, et de la Ligue arabe ainsi qu’une vingtaine de représentants
des musulmans d’Italie. Parmi eux, quatre femmes. Il s’agissait des
chefs des missions du Koweït, Pakistan, Qatar, Côte-d'Ivoire, Indonésie,
Turquie, Bosnie-Herzégovine, Liban, Yémen, Egypte, Irak, Sénégal, Algérie,
Maroc, Albanie, Ligue Arabe, Syrie, Tunisie, Libye, Iran et Azerbaïdjan,
ainsi que 14 membres de la Consulta Islamique en Italie, et les représentants
du Centre Islamique Culturel d’Italie et du Bureau de la Ligue musulmane
mondiale. Voici le texte intégral, dans son
original en français, du discours du pape devant une trentaine de représentants
de pays à majorité musulmane et de l’islam en Italie, ce matin à Castel
Gandolfo.
Monsieur le Cardinal,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Chers amis musulmans,
Je suis heureux de vous accueillir pour cette rencontre que j’ai souhaitée
afin de consolider les liens d’amitié et de solidarité entre le Saint-Siège
et les communautés musulmanes du monde. Je remercie Monsieur le Cardinal
Paul Poupard, Président du Conseil pontifical pour le Dialogue
interreligieux, pour les paroles qu’il vient de m’adresser, ainsi que
vous tous qui avez répondu à mon invitation.
Les circonstances qui ont suscité notre rencontre sont bien connues. J’ai
déjà eu l’occasion de m’y arrêter au cours de la semaine écoulée.
Dans ce contexte particulier, je voudrais aujourd’hui redire toute
l’estime et le profond respect que je porte aux croyants musulmans,
rappelant les propos du Concile Vatican II qui sont pour l’Église
catholique la Magna Charta du dialogue islamo-chrétien : «L’Église
regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant
et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la
terre, qui a parlé aux hommes et aux décrets duquel, même s’ils sont
cachés, ils s’efforcent de se soumettre de toute leur âme, comme s’est
soumis à Dieu Abraham, à qui la foi islamique se réfère volontiers» (Déclaration
Nostra aetate, n. 3). Me situant résolument dans cette perspective, dès le
début de mon pontificat, j’ai eu l’occasion d’exprimer mon souhait de
continuer d’établir des ponts d’amitié avec les adhérents de toutes
les religions, manifestant particulièrement mon appréciation de la
croissance du dialogue entre musulmans et chrétiens (cf. Discours aux représentants
des Églises et Communautés chrétiennes, et aux autres traditions
religieuses, 25 avril 2005). Comme je l’ai souligné à Cologne, l’an
dernier, «le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et
musulmans ne peut se réduire à un choix passager. Il est en effet une nécessité
vitale, dont dépend en grande partie notre avenir» (Discours aux représentants
de Communautés musulmanes, 20 août 2005). Dans un monde marqué par le
relativisme et excluant trop souvent la transcendance de l’universalité
de la raison, nous avons impérativement besoin d’un dialogue authentique
entre les religions et entre les cultures, capable de nous aider à
surmonter ensemble toutes les tensions, dans un esprit de collaboration
fructueuse. Poursuivant l’œuvre entreprise par mon prédécesseur, le
Pape Jean-Paul II, je souhaite donc vivement que les relations confiantes
qui se sont développées entre chrétiens et musulmans depuis de nombreuses
années, non seulement se poursuivent, mais se développent dans un esprit
de dialogue sincère et respectueux, fondé sur une connaissance réciproque
toujours plus vraie qui, avec joie, reconnaît les valeurs religieuses que
nous avons en commun et qui, avec loyauté, respecte les différences.
Le dialogue interreligieux et interculturel est une nécessité pour bâtir
ensemble le monde de paix et de fraternité ardemment souhaité par tous les
hommes de bonne volonté. En ce domaine, nos contemporains attendent de nous
un témoignage éloquent pour montrer à tous la valeur de la dimension
religieuse de l’existence. Aussi, fidèles aux enseignements de leurs
propres traditions religieuses, chrétiens et musulmans doivent-ils
apprendre à travailler ensemble, comme cela arrive déjà en diverses expériences
communes, pour se garder de toute forme d’intolérance et s’opposer à
toute manifestation de violence; et nous, Autorités religieuses et
Responsables politiques, nous devons les guider et les encourager en ce
sens. En effet, «même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions
et inimitiés sont nées entre chrétiens et musulmans, le saint Concile les
exhorte tous à oublier le passé et à pratiquer sincèrement la compréhension
mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les
hommes, la justice sociale, les biens de la morale, la paix et la liberté»
(Déclaration Nostra aetate, n. 3). Les leçons du passé doivent donc nous
aider à rechercher des voies de réconciliation, afin de vivre dans le
respect de l’identité et de la liberté de chacun, en vue d’une
collaboration fructueuse au service de l’humanité tout entière. Comme le
déclarait le Pape Jean-Paul II dans son discours mémorable aux jeunes, à
Casablanca au Maroc, « le respect et le dialogue requièrent la réciprocité
dans tous les domaines, surtout en ce qui concerne les libertés
fondamentales et plus particulièrement la liberté religieuse. Ils
favorisent la paix et l’entente entre les peuples» (n. 5).
Chers amis, je suis profondément convaincu que, dans la situation que connaît
le monde aujourd’hui, il est impératif que chrétiens et musulmans
s’engagent ensemble pour faire face aux nombreux défis qui se présentent
à l’humanité, notamment pour ce qui concerne la défense et la promotion
de la dignité de l’être humain ainsi que des droits qui en découlent.
Alors que grandissent les menaces contre l’homme et contre la paix, en
reconnaissant le caractère central de la personne, et, en travaillant avec
persévérance pour que sa vie soit toujours respectée, chrétiens et
musulmans manifestent leur obéissance au Créateur, qui veut que tous
vivent dans la dignité qu’il leur a donnée.
Chers amis, je souhaite de tout cœur que Dieu miséricordieux guide nos pas
sur les chemins d’une compréhension réciproque toujours plus vraie. Au
moment où pour les musulmans commence la démarche spirituelle du mois de
Ramadan, je leur adresse à tous mes vœux cordiaux, souhaitant que le
Tout-Puissant leur accorde une vie sereine et paisible. Que le Dieu de la
paix vous comble de l’abondance de ses Bénédictions, ainsi que les
communautés que vous représentez!
[Texte original: Français]
© 2006 Libreria Editrice Vaticana